Le Gouvernement centrafricain a décidé de la mise à la retraite, à
partir du 31 décembre, de la présidente de la Cour constitutionnelle, Danièle
Darlan. Problème, car la loi fondamentale, dont elle est la gardienne, interdit
cette démarche cavalière, fut-elle entreprise par des sbires du chef de l’Etat,
lui-même, paradoxe des paradoxes, premier garant de la Constitution.
Selon la mère de toutes les lois
centrafricaines, le mandat des juges constitutionnels a une durée de vie de
sept ans. Dans cette logique, la future retraitée de force entend bien
poursuivre, contre vents et marrées…gouvernementales, son mandat jusqu’à
épuisement total. De plus, «les membres de la Cour constitutionnelle sont
inamovibles pendant la durée de leur mandat» et «ne peuvent être ni poursuivis
ni arrêtés sans autorisation» de la plus haute juridiction du pays. Sans
oublier que la mise à la retraite engagée par les ministres qui veulent la tête
de Dame Darlan, ne figure nulle part dans les motifs pris en compte par
l’article 100 de la Constitution qui évoque avec précision, les cas qui peuvent
conduire au remplacement d’un «grand juge».
Ainsi, tout compte fait, Danièle
Darlan a, pour elle, comme pour tout autre juge de la respectable institution
qu’elle dirige, les arguments forts pour exercer, jusqu’au 24 mars 2024, son
mandat commencé le 24 mars 2017. Mais pourra-t-elle résister à la machine de
décapitation mise en branle contre elle depuis le palais de la Renaissance?
Question à un «Sango Coin».
C’est justement ce projet de
«Sango Coin» passé à la trappe de la Cour constitutionnelle qui a provoqué
l’ire du pouvoir Touadera contre Danièle Darlan dont l’institution s’était
opposée à la possibilité d’obtenir la nationalité centrafricaine ou un terrain,
en échange d‘un investissement dans cette cryptomonnaie. Cette ferme opposition
de la Cour constitutionnelle à l’initiative par laquelle le pouvoir de fer de
Faustin Archange cherche à se soustraire des contraintes de la Banque centrale
des Etats de l’Afrique centrale (BCEAC) et de la Communauté économique et
monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), pour vivre son grand amour avec la
société privée de sécurité russe Wagner, a donc placé Mme Darlan dans le
collimateur du régime en place.
A cela s’ajoute la témérité de la
présidente de la Cour constitutionnelle qui a retoqué le projet d’écriture
d’une nouvelle Constitution, Constitution qui devrait ouvrir la voie du 3e
mandat, voire du règne sans fin, à l’Archange de Bangui. Faustin Archange
Touadera prêt à tout pour aller au 3e mandat et à la présidence à vie si
affinités, n’entend donc reculer devant aucun obstacle! Même les verrous de la
Constitution résisteront difficilement au président centrafricain! Raison pour
laquelle, son Gouvernement a lancé une fatwa contre la présidente de la Cour constitutionnelle
dont il faut saluer la bravoure, elle qui a décidé d’accomplir sa tâche avec
courage et dignité, là où nombre de ses homologues auraient choisi de faire la
volonté du prince de l’heure à qui ils doivent leur poste!
Faustin Archange Touadera, sans
doute obnubilé par le 3e mandat qui malheureusement n’a conduit qu’à des crises
socio-politiques ou des putschs militaires, sait- il seulement que la
Centrafrique n’a plus besoin d’une nouvelle crise en plus des attaques armées
des groupes rebelles et des vicissitudes de la vie chère? Le président
centrafricain sera-t-il en mesure de retrouver toute sa lucidité afin d’offrir
une autre chance de développement à ce pays dont le diamant et d’autres
richesses naturelles, attisent la convoitise de prédateurs voisins-suivez mon
regard- ou venus de la Russie?
En tout cas, cet acharnement
contre Danièle Darlan est bien la preuve que le 3e mandat, malgré tous les
dégâts qu’il a causés ailleurs continue de faire succomber par ses charmes, des
opposants historiques qui veulent devenir des présidents à vie!
Puisse Dieu voler au secours de
l’Archange Faustin!