Les Guinéens ont besoin d’autre chose aujourd’hui, que de ces polémiques à n’en pas finir qu’ils subissent dans des débats d’égos et de conflits d’intérêt. Ils aspirent à mieux que les faux espoirs dont beaucoup voudraient les nourrir encore, pour les détourner du monde réel et de la vraie vie qui appellent à de nombreux sacrifices, et exigent de tous du courage et un sens élevé de la responsabilité.
Quand la politique s’invite dans
tout, chez tout le monde, les citoyens se retrouvent comme piégés, partagés
entre ce qui est vrai et qu’ils savent parfois, et ce que l’on voudrait leur
faire croire pour les consoler des épreuves cruelles de la réalité implacable
que peu de citoyens semblent disposés à affronter et accepter.
– Personne ne peut contester que
le prix du baril a augmenté sur le marché international. Peut-on acheter au
même prix un produit quand sa valeur n’est plus la même ?
– Même les pays, producteurs de
pétrole, en raison des frais d’exploitation, réajustent leurs prix au gré des
fluctuations du marché. Paradoxalement aussi, ils connaissent des pénuries. Ce
qui est valable ailleurs, ne le serait-il pas chez nous ?
– La Guinée emboîte le pas à tous
les autres, après avoir attendu longtemps de le faire, tout en espérant ne pas
le faire grâce à une éventuelle baisse des prix sur le marché. A ce propos, le
réajustement des prix à la hausse ou à la baisse, n’est pas considérée comme
une décision politique ou un sondage d’opinion, mais une nécessité économique.
Beaucoup de citoyens dans le monde s’en rendent compte en allant dans les stations-service.
Le professeur Alpha Condé, lui, souhaite que tout soit expliqué aux
populations, que même l’impossible soit fait pour les contenter.
– En maintenant des prix qui
seront alors nettement en deçà de ceux des autres, la Guinée, malgré elle, va approvisionner
les pays limitrophes, et donc importera plus qu’elle n’en a besoin.
Conséquemment, sa facture en devises sera plus salée aux dépens de sa balance
de paiement.
– L’Etat veille à ce que le prix
soit le même partout en Guinée, alors que dans certains pays, en fonction des
coûts liés notamment au transport pour l’acheminent du carburant vers
l’arrière-pays, les prix augmentent.
– Le budget est voté par les
députés. C’est une loi donc. Il y a des recettes prévues au titre de la taxe
spéciale sur les revenus pétroliers. Si elle baisse, l’Etat perd des revenus.
En plus de la loi qui est violée avec les prévisions de recettes qui n’auront
pas été atteintes, on déséquilibre le budget. Parce que si les recettes
n’augmentent pas, les dépenses, elles, ne cessent de croître face aux besoins
grandissants du pays. Oú ira-t-on chercher le manque à gagner?
– L’Etat guinéen est le seul qui
fait du social tous azimuts, sans en avoir forcément les moyens : près de 350
millions d’euros par an pour subventionner l’électricité, parce qu’elle coûte
beaucoup moins cher en Guinée qu’ailleurs, alors que la plupart des clients ne
payent pas leurs factures. Maintenant que l’électricité est plus abondante et
régulière, les coûts sont plus élévés, et c’est l’Etat qui supporte l’essentiel
des charges. La même situation pour l’eau.
À propos, on peut lancer le défi
à quiconque de citer l’exemple d’un État qui a donné gratuitement de
l’électricité et de l’eau à ses populations, pendant la crise sanitaire
mondiale que nous vivons actuellement.
Les denrées de première nécessité
comme le riz et d’autres, bénéficient d’un régime douanier spécial pour ne pas
que le prix de vente soit affecté, qu’il soit surtout accessible au plus grand
nombre.
Tous les Etats vivent de taxes et
d’impôts pour avoir les moyens de leur politique. Si le peu que nous
recueillons, parce que de ce point de vue aussi c’est le seuil minimal (par
exemple, ni taxe foncière, ni système de péage pour entretenir les routes et en
faire de nouvelles), est aussi compromis, que fera l’Etat ?
Partout dans le monde, on dit que
l’Etat vit sur le dos des citoyens ; en Guinée, ce sont les citoyens qui vivent
sur le dos de L’Etat. Et cela depuis longtemps.
Voilà la vérité que les Guinéens
dans leur majorité ne savent pas, que certaines élites veulent continuer à leur
cacher. A des fins de politique politicienne, en faisant courir à leur pays, à
notre pays le risque d’être ingouvernable.
Tibou Kamara