Le secrétaire général des Nations Unies António Guterres, à l’occasion de la journée internationale des femmes, a déclaré que « les droits des femmes régressent sous nos yeux. Selon les dernières prévisions, au rythme actuel, il faudra encore 300 ans pour atteindre la pleine égalité des genres ».
Deux statistiques témoignent très
clairement de notre échec.
D’une part, toutes les dix
minutes, une femme ou une fille est assassinée par un membre de sa famille ou
un partenaire intime.
D’autre part, toutes les deux
minutes, une femme meurt pendant la grossesse ou l’accouchement. La plupart de
ces décès pourraient parfaitement être évités.
En cette journée internationale
des femmes, nous devons nous engager à faire mieux. Nous devons inverser ces
terribles tendances et lutter afin de préserver la vie et les droits des femmes
et des filles partout dans le monde.
C’est l’une de mes principales
priorités et un élément central du travail de l’Organisation des Nations Unies
dans le monde entier.
Du Soudan du Sud au Myanmar, nous
soutenons les femmes et les filles dans les situations de crise et veillons à
ce que leurs voix soient entendues dans les processus de paix.
La Vice-Secrétaire générale,
Amina Mohammed, s’est récemment rendue en Afghanistan avec un message pour les
autorités : les femmes et les filles ont des droits humains fondamentaux et
nous ne cesserons jamais de les défendre.
Cette année, la Journée
internationale des femmes a pour thème principal la réduction des disparités
entre femmes et hommes dans les domaines de la science, de la technologie et de
l’innovation. À l’échelle mondiale, les hommes ont 21 % de chances de plus que
les femmes d’être en ligne – un écart qui dépasse 50 % dans les pays à faible
revenu.
Mais même les pays les plus
riches paient le prix des stéréotypes liés au genre et des préjugés hérités du
passé. Dans le secteur des technologies, les hommes sont deux fois plus
nombreux que les femmes. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, la
proportion s’élève à cinq contre une.
Les big data sont devenues un
bien précieux et un élément essentiel à la prise des décisions politiques et
économiques. Mais elles prennent rarement en compte les différences entre les
genres – voire le genre féminin tout court.
Nous devrions tous être alarmés
par le fait que des produits et services intègrent, dès leur conception, la
marque de l’inégalité entre les genres et font entrer le patriarcat et la
misogynie dans la sphère numérique. Les Silicon Valleys de ce monde ne doivent
pas se transformer en vallées de la mort pour les droits des femmes.
Les décisions médicales fondées
sur des données relatives au corps masculin peuvent être dangereuses
lorsqu’elles s’appliquent à une femme. Pire, elles peuvent être mortelles.
La discrimination que subissent
les femmes dans le domaine de la science et de la technologie est le résultat
de siècles de patriarcat, d’inégalités et de stéréotypes néfastes. Les femmes
ne représentent que 3 % des personnes récompensées par un prix Nobel dans les catégories
scientifiques depuis 1901. Par ailleurs, les femmes en ligne, notamment les
scientifiques et les journalistes, sont souvent la cible de discours haineux et
d’agressions sexistes qui visent à les dénigrer et à les réduire au silence.
Mais elles continueront de faire
entendre leur voix. Partout, les femmes et les filles réclament leurs droits,
et leurs paroles résonnent dans le monde entier.
Nous devons agir sur plusieurs
fronts pour faire en sorte que les femmes et les filles puissent contribuer pleinement
au savoir universel sur les plans scientifique et technologique.
Nous devons faire tomber les
barrières, qu’il s’agisse de données discriminatoires ou de stéréotypes qui
détournent les filles des disciplines scientifiques dès leur plus jeune âge.
Les décideurs de tous bords
doivent élargir la participation des femmes et leur accès aux plus hautes
responsabilités dans le domaine de la science et de la technologie, au moyen de
quotas si nécessaire.
Ils doivent être créatifs,
élargir leur vivier de recrutement et sélectionner des candidatures en fonction
des compétences requises. Ils doivent aussi être persévérants. L’égalité des
genres n’arrivera pas toute seule : il faut en faire une priorité et une
aspiration. Cette approche donne des résultats à l’ONU, où nous avons mis en
place une stratégie pour la parité des genres au sein de notre personnel.
Nous devons également agir pour
offrir aux femmes un environnement numérique sûr et mettre fin à l’impunité des
auteurs d’agressions en ligne et des plateformes numériques qui leur permettent
de perpétrer de tels actes.
L’Organisation des Nations Unies
travaille avec les États, la société civile, le secteur privé et d’autres à
l’élaboration d’un Code de conduite visant à réduire la malveillance et
l’impunité qui règnent sur les plateformes numériques, tout en défendant la
liberté d’expression.
Les droits des femmes ne sont pas
un luxe dont nous pourrions nous passer en attendant d’avoir enrayé la crise
climatique, mis fin à la pauvreté et créé un monde meilleur.
Investir en faveur des femmes et
des filles est le moyen le plus sûr d’améliorer le sort de toutes les
personnes, communautés et pays, et de mener à bien le Programme de
développement durable à l’horizon 2030. Ensemble, construisons un monde plus
inclusif, plus juste et plus prospère pour les femmes et les filles, les hommes
et les garçons, partout dans le monde.