Carnet de Route : Banankoro, une cité méconnaissable

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  • 19 mars 2021 14:52

  • Société

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La sous-préfecture de Banankoro a perdu son charme d’antan et sa joie de vivre. Ce, après avoir connu son âge d’or.

Nous sommes Dimanche 3 Janvier 2O21, il est 19 h et les appels à prière se font entendre à travers la ville de Banankoro. Le grand carrefour de Dabanany et les rues qui le traversent dans tous les sens sont déserts. « En voilà une surprise, ceci est inhabituel », s’étonne Diarra Mara, ancien employé de la société AREDOR, nouvellement descendu du véhicule en provenance de Conakry, tout comme moi. Il foule le sol de Banankoro pour la première fois depuis 1993 et il se souvient que ‘’ les rues de Dabanany ne désemplissaient pas autrefois. Des centaines de bureaux de négociants en diamants, situés en bordure de route étaient ouverts à tout moment, les véhicules circulaient, les transactions de diamant se faisaient même à des heures indues.

De toute évidence, la ville – qui sort pourtant d’une journée de grand marché hebdomadaire-  rappelle ce dimanche soir, les images d’un samedi sombre de mars 1995. Ce jour-là, une révolte populaire avait conduit à la destruction des postes de police et de la gendarmerie. Et l’actuel ministre de l’Administration du Territoire, alors sous-préfet de la localité, Bouréma Condé instaura le couvre-feu à l’effet de maîtriser la situation. Ce qui surprend d’avantage, c’est le silence de la nuit. Pas un seul bruit, rien ! toutefois le centre-ville reste néanmoins éclairé par endroit à travers des panneaux solaires et le réseau d’un fournisseur privé de l’électricité dans les ménages.

Pour tout dire, une décennie après le départ des 90 % des exploitants artisanaux de diamants vers des zones aurifères de Siguiri et Mandiana, Banankoro n’a plus rien à voir avec la ville que j’ai connue jadis. Elle est même loin des illustrations des articles de presses publiés dans les années 90, présentant la région comme ‘’un Eldorado’’.

« A l’époque, le diamant était à tous les coins de rue, se vendait comme des galettes, l’argent coulait à flot et faisait le bonheur de tous », se souvient Sidibooss Condé, aujourd’hui membre du syndicat des transporteurs, mais chauffeur de taxi à l’époque entre Bankoro ville et Gbenko, cité des travailleurs d’AREDORE, entreprise d’exploitation industrielle de diamant. Laquelle finira par un dépôt de bilan. Sidiboss ajoute : « le commerce se portait à merveille, Il y avait de jolies maisons partout, plus d’une centaine de mosquées où se tenaient des prières de vendredi à travers la ville, des centaines de personnes de différents horizons débarquaient tous les jours et la ville s’agrandissait chaque jour.

Aujourd’hui asphyxiée économiquement par la rareté de la pierre précieus, entrainant du coup des difficultés généralisées dans tout le secteur des affaires, Banankoro s’est vidée, a perdu son charme d’antan et sa joie de vivre. En dehors du centre-ville, les chaussées sont sales et en mauvais état. Dans plusieurs quartiers, des bâtiments sont entièrement vides, certains se sont écroulés. D’autres ont mal vieillis, rongés par l’humidité. Dans la rue, les regards sont en majorité tristes, parfois envieux.

Un après midi, un confrère de Djoliba Fm, une radio communautaire, m’invite à visiter leurs installations, situé non loin du bloc Administratif   et la résidence du sous-préfet. Il vient, sur sa moto-  un engin de marque Honda, au bruit étonnement déformé par l’usure du temps- me chercher à kissidoussilakoro, quartier nordique de la ville. Un peu plus de 30 ans, Sékou K est un homme sympathique au physique moyen, originaire de la localité. Très vite nous nous lions d’amitié.   Alors que nous traversons la gare routière pour prendre la direction de la colline ‘’ Gbanko’’ qui surplombe la ville, d’immenses affiches à l’effigie du président Alpha condé se succèdent sur les édifices en bordure de route. « Ici, c’est un fief du pouvoir », indique –t-il. Durant le trajet, il raconte me raconte la vie de la cité, pénible depuis la dégringolade des affaires : « plus rien ne fonctionne ici depuis plusieurs années. Tout le monde se cherche dans les zones aurifères, même les grands patrons de la filière diamant ont fui la ville ».

Ainsi, l’exploitation de diamant, antérieurement principale activité dans la région, n’est dorénavant pratiquée prioritairement que par quelques petites entreprises et quelques privilégiés, bénéficiant de soutiens financiers de certains magnats évoluant dans le domaine des mines. Tandis que l’écrasante majorité des citoyens de la région, elle, la pratique parallèlement, privilégiant la culture vivrière, pour au moins survivre.  En attendant les jours meilleurs dans les mines.

Le 23 janvier, soit 20 jours plus tard, me voici en reportage dans la région de Siguiri. De la rentrée de la ville jusqu’à l’hôtel, derrière les vitres du taxi qui me transporte, de nombreuses choses retiennent mon attention : l’extension de la ville, la foule dans rue, la surabondance d’engins roulant dans la circulation, les néons des restaurants et des boutiques, la diversité des sonorités à travers la ville, la joie de vivre sur les visages... Ces choses-là, Banankoro les a connues dans un passé pas aussi lointain. Mais à date, hélas… !

Gilles Mory Condé, envoyée spécial

Commentaires (1)

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    ibrahima barry 19 mars 2021 15:11

    Un super articles

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