Le procureur de la Crief, M. Aly Touré refuse de lâcher la bride à l’ancien Premier ministre Kassory Fofana et ses codétenus. Une mesure crève-cœur pour ces anciens barons du régime contraint de rester derrière les barreaux, alors que leur mise en liberté avait été actée par les juges de la chambre d’instruction de la Cour, en échange du paiement d’une caution qui se chiffre à plusieurs milliards de nos francs. Cette ténacité du procureur lui vaut le courroux des avocats de la défense, qui se muent désormais en accusateurs. Cette défense de rupture étant une tactique bien rodée, aussi vieille que le monde.
Le sang des avocats de la défense n’aura fait qu’un tour,
après le refus du procureur Aly Touré de laisser filer leurs clients. Au terme
d’une audience tenue devant les magistrats de la chambre d’instruction de la
Crief, le jeudi dernier. Audience à l’issue de laquelle les accusés se seraient
engagés à débourser des cautions contre leur remise en liberté provisoire. Pour
un montant estimé à 70 milliards de FG, pour le trio composé de Kassory, Dr
Diané et Oyé Guilavogui. Mais c’était mal connaître la ténacité du procureur
qui, dans la foulée, a interjeté appel contre la décision. La joie pour les
anciens apparatchiks du régime défunt, de humer l’air de la liberté, ne fut que
de courte durée. Avant d’être interrompue par M. Aly Touré, le rabat-joie,
devenu la bête noire des cols blancs.
Une décision qui est restée en travers de la gorge des
avocats et de leurs clients. Qu’ils ont tenu à manifester en se répandant en
invectives contre le procureur de la Crief, lors d’une conférence de presse,
organisée le lendemain de cette audience. Cette tribune aura servi d’exutoire
au collège d’avocats, qui est tombé à bras raccourcis sur M. Aly Touré.
L’accusant de violer les droits de leurs clients. Le tout mâtiné d’insinuations
à relent politique. Cette tactique de rupture employée par cette défense,
consistant à récuser la Cour, et à se muer en accusateur, est vieille comme le
monde. Socrate, célèbre philosophe de la Grèce antique, l’avait employée dans
son procès pour athéisme. Le but étant de gagner la bataille de l’opinion.
Toutefois, pour Kassory et Cie, la mayonnaise n’a pas l’air
de prendre. Face à une opinion désabusée par la forte propension des élites
guinéennes à la corruption.
A part quelques groupies qu’on entend parfois crier à la
cantonade, l’opinion de façon générale refuse de prêter une oreille attentive
au chant de ces avocats. Qui après tout défendent leur pain. Comme pour dire
que les détenus de la Maison centrale devront mieux se pourvoir, pour passer la
guérite dressée par M. Aly Touré.
Mamadou Dian
Baldé