Le caractère violent de la manifestation du 16 février, qui s’est soldée par 3 morts et une cinquantaine de blessés, n’aura fait que raviver la tension entre le pouvoir de Conakry et les frondeurs. Cette guerre des tranchées sur fond de chassés croisés judiciaires risque de gripper la mécanique de la transition, si les partis en conflit ne se départissent pas de leur égotisme. Malheureusement, à l’allure où va le train, aucune désescalade ne semble pointer à l’horizon. Avec un gouvernement déterminé à employer les grands moyens pour venir à bout de la « pieuvre » que semble être le Fndc, et un mouvement qui joue les trompe-la-mort.
La manifestation du 16 février aura laissé du sang sur les
murs. Le décompte macabre fait état de 3 tués et d’une cinquantaine de blessés.
Ainsi qu’une quarantaine d’arrestations dans les rangs des manifestants, dont
la plupart seraient des mineurs.
Un bilan dont se gargarise pourtant le Fndc et ses alliés
politiques, qui comptent ainsi faire plier la junte. De quoi faire dresser les
cheveux sur la tête de leurs détracteurs, qui y voient un manque d’empathie de
la part de ce mouvement hétéroclite, devenu le poil à gratter du régime.
Dans cette épreuve de force entre une junte qui a de la
suite dans les idées, et des militants pro-démocratie jusqu'au boutistes, la
tension est loin de retomber. Ça risque de sentir encore du soufre, et pour
longtemps.
D’autant que les deux camps antagonistes au-delà des
échanges à fleurets peu mouchetés, auxquels ils s’adonnent par médias
interposés, multiplient la bataille judiciaire. Avec une inflation de plaintes
à n’en pas finir.
Ainsi, le Fndc par le truchement de ses avocats français Me
William BOURDON et Me Vincent BRENGARTH compte de nouveau se fendre d’une
plainte contre ceux qui participent aux violences contre les militants
pro-démocratie. Dans une note publiée au lendemain de la marche du Fndc, les
soussignés ont annoncé avoir procédé au dépôt, le 9 février dernier, d’une
plainte devant le Procureur Général Près la cour d’appel de Conakry des chefs
de « violences volontaires ; meurtres ; association de malfaiteurs ;
accomplissement arbitraire d’un acte attentatoire à la liberté individuelle
concernant les exactions commises par la junte militaire dirigée par le colonel
Mamadi Doumbouya ».
Comme une réponse du berger à la bergère, le ministre de la
Justice et garde des sceaux, M. Alphonse Charles Wright a à son tour enjoint le
même jour, le procureur général près la cour d’Appel de Conakry M. Yamoussa
Conté, aux fins de poursuites judiciaires contre Sékou KOUNDOUNO et autres.
Déjà la veille de ces effets de manches judiciaires, le
ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation, M. Mory
Condé était monté sur ses grands chevaux, pour porter l’estocade contre les
organisateurs de la manifestation. Sur un ton inquisitorial, il a menacé de
suspendre voire retirer les agréments aux organisations politiques sociales
dont les responsabilités pénales seront établies par la suite des procédures
judiciaires, sur ces incidents malheureux.
De quoi émousser les ardeurs de cette classe politique qui
est à hue et à dia, dans cette guerre des tranchées.
Mamadou Dian Baldé