Menacé de poursuite judiciaire dans son pays, l’ancien opposant à Alpha
Condé a entamé une tournée aux États-Unis. Cela fait plus de trois mois qu’il a
quitté Conakry et n’annonce aucune date de retour.
Le 13 juin dernier, Cellou Dalein
Diallo, intimé de s’expliquer sur sa gestion du ministère des Transports au
début des années 2000, aurait dû faire face à un juge guinéen. Mais ce jour-là,
il était bien loin de Conakry. Depuis Dakar, il préparait ses valises pour
s’envoler pour New York, aux États-Unis, où il s’est posé le lendemain, le
mardi 14 juin, à 13h30, heure locale. Un voyage qu’il effectue avec Ibrahima
Chérif Bah, un des vice-présidents de l’Union des forces démocratiques de
Guinée (UFDG) et d’El Hadj Diouma Bah, coordinateur des fédérations de
l’extérieur de son parti.
Cela fait plus de trois mois que
le leader de l’UFDG vit éloigné de son pays. Un fait plutôt rare, qui ne lui
était d’ailleurs pas arrivé depuis 2010 – après s’être incliné à la
présidentielle qui avait porté Alpha Condé au pouvoir, l’opposant s’était
« reposé » durant quatre mois à l’étranger. Cette fois, son absence a
des allures d’une fuite.
Son départ de Conakry le 6 mars
intervient en effet après plusieurs décisions de la junte de Mamadi Doumbouya à
son encontre. Le 28 février, malgré ses protestations, Cellou
Dalein Diallo a d’abord été expulsé de sa résidence privée, par la
suite démolie. Ensuite, deux de ses plantations à Coyah et Forécariah, dans les
environs de Conakry, ont été saisies par les autorités militaires. Quant à sa
maison construite « sur un domaine de l’État », selon le Patrimoine bâti
public à Labé, au nord du pays, elle est menacée de démolition.
À l’en croire, il a « toutes
les preuves ». Aly Touré, le procureur de la Cour de répression des
infractions économiques et financières (Crief), a bien l’intention de
poursuivre Cellou Dalein Diallo pour corruption dans l’affaire Air Guinée. Le
patron de l’Union des forces démocratiques de Guinée, alors ministre des
Transports de Lansana Conté avant d’en devenir le Premier ministre quelques
années plus tard, a été à la manœuvre dans la liquidation de la compagnie
aérienne nationale, en 2002. Il est soupçonné d’avoir bradé une partie des
avoirs de la société nationale, et de s’être enrichi au passage. Ce que Cellou
Dalein Diallo nie absolument. En février dernier, il affirmait que, bien qu’il
ait effectivement signé les documents de liquidation de l’entreprise, c’est le
ministère des Finances qui avait fixé les prix. Un argument qui n’a pas
convaincu les juges de la Crief.