La Finlande a effectué, mardi 4 avril, son entrée officielle dans
l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan), un virage « historique »
provoqué par l'offensive de la Russie en Ukraine, selon le secrétaire général
de l'Alliance atlantique, Jens Stoltenberg. Le secrétaire d'État américain,
Antony Blinken, salue une « journée historique ».
La Finlande, qui partage une frontière
de plus de 1 300 kilomètres avec la Russie, tourne le dos à sa légendaire
neutralité. Le pays bénéficiera désormais de l'assistance militaire
conventionnelle de ses alliés et de la dissuasion nucléaire.
La Russie n'a pas manqué de
réagir à cet élargissement de l'Otan qui n'est sans doute pas fini, car la
Suède frappe, elle aussi, à la porte de l'Alliance atlantique. « C'est une
nouvelle aggravation de la situation. L'élargissement de l'Otan est une
atteinte à notre sécurité et aux intérêts nationaux de la Fédération de Russie.
Cela nous contraint à prendre des contre-mesures en termes tactiques et en
termes stratégiques pour notre sécurité, a réagi le porte-parole du Kremlin,
Dmitri Peskov. La situation avec la Finlande est fondamentalement différente de
celle avec l’Ukraine. La Finlande n'est jamais devenue anti-Russie et nous
n'avions aucune dispute avec elle. »
Un changement provoqué par
l’invasion russe de l’Ukraine. « Avec l'Ukraine, la situation est
diamétralement opposée et potentiellement dangereuse, poursuit M. Peskov. C’est
cela qui a dicté le besoin de lancer une opération spéciale et qui nécessite
d’atteindre les buts fixés. Mais cette adhésion ne pourra qu’affecter la nature
des relations bilatérales avec les États qui deviennent de nouveaux membres de
l’Alliance, car l'Alliance est une organisation inamicale, hostile à plus d'un
titre envers la Russie. Mais je le répète : l’Ukraine est différente de la
Finlande, il n’est pas possible de comparer les deux. »
« Nous déclarons la Finlande 31e
membre de l'Alliance avec la réception de ces documents », a déclaré le chef de
la diplomatie américaine, Antony Blinken, lors d'une cérémonie au siège de
l'Otan à Bruxelles. Il a salué, tout comme le chef de l'Otan, Jens Stoltenberg,
une « journée historique ». « Je suis tenté de dire que c'est peut-être la
seule chose pour laquelle on peut remercier (le président russe Vladimir)
Poutine, parce qu'il a, une fois de plus, précipité quelque chose qu'il disait
vouloir éviter en agressant » l'Ukraine, a déclaré Antony Blinken.
Augmentation des dépenses militaires de l'Otan
Ce mardi 4 avril, les 31
ministres des Affaires étrangères de l’Otan préparent le prochain sommet qui
aura lieu à Vilnius en juillet, raconte le correspondant de RFI à Bruxelles,
Pierre Bénazet. C’est déjà en soi tout un symbole que de tenir ce sommet en
Lituanie, pays frontalier de la Russie : la volonté d’une démonstration de
force face au Kremlin et d’une démonstration de l’unité de l’Alliance
atlantique. Non seulement la guerre en Ukraine amène l’élargissement de l’Otan
en Scandinavie, mais en outre, elle la pousse à se renforcer à long terme.
L’augmentation des dépenses
militaires sera le point central du sommet de Vilnius. Après des décennies
pendant lesquelles les États-Unis ont appelé les alliés européens à « partager
le fardeau », c’est-à-dire à investir dans leur propre défense, l’Otan avait
décidé de se fixer comme objectif en 2014 à Cardiff que leurs dépenses
militaires atteignent 2% du produit intérieur brut. Un quart des pays alliés
n'y est pas encore. L’objectif pour Vilnius est que ce soit désormais un
plancher, 2% minimum.
L’Otan doit renforcer ses armées
et ses stocks d’armements ; la guerre en Ukraine a démontré qu’ils étaient
insuffisants et que l’illusion de pays de ces 30 dernières années a mis à mal
l’industrie européenne de l’armement. Selon l’Otan, les industriels de la
défense doivent avoir maintenant l’assurance que les contrats suivront dans les
décennies à venir.
La Suède dans l'attente
Le Premier ministre britannique
Rishi Sunak, après avoir salué l'arrivée de la Finlande dans l'Otan, a appelé «
tous les membres » de l'Alliance atlantique à approuver l'adhésion de la Suède,
actuellement bloquée par la Turquie et la Hongrie. Même réaction à Berlin. Le
chancelier allemand Olaf Scholz a également félicité la Finlande et assuré la
Suède du soutien de Berlin.
Avec Rfi