«C’est mon tour»! Plus qu’un
slogan de campagne, ces quatre mots sont un véritable aboutissement de celui à
qui son prédécesseur et soutien, Muhammadu Buhari, devrait sa victoire en 2015.
Asiwaju Bola Ahmed Tinubu, 71 ans, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est,
désormais, le président du Nigeria, l’Etat le plus peuplé de l’Afrique avec pas
moins de 218 millions d’habitants.
Yorouba d’ethnie et musulman de
confession religieuse comme celui qui lui cède son fauteuil, le champion du
Congrès des progressistes (APC, pouvoir), vient de rendre comme caduque, cette
règle non écrite qui faisait transmettre le pouvoir d’un chrétien à un musulman
et vice versa. Mais, le 5e président de la quatrième république nigériane qui
s’est targué d’un brillant bilan économique en tant que gouverneur de l’Etat de
Lagos, est aussi le chef de l’Etat qui aura traversé un océan de vagues
houleuses de corruption et de blanchiment d’argent, mais qui a toujours regagné
la terre ferme échappant aux dents de la justice, et les pieds au sec.
Silhouette bien connue sur
l’échiquier politique, le richissime homme d’affaires, Bola Tinubu, l’une des
plus grosses fortunes de son pays, sort donc de l’ombre à la lumière, mais
devra se battre sans répit pour sortir le Nigeria, ce géant aux pieds d’argile
englué dans une vase de crise sécuritaire, de pénuries de billets de banque et
d’énergie, de ruptures presqu’endémiques de carburant dans les
stations-services alors que le pays est producteur de pétrole, d’inégalités
sociales profondes… Le nouveau chef de l’Etat devra surtout travailler à
«recoller les morceaux brisés» de «la seule nation» que les Nigérians ont en
commun.
«Travailler dans l’unité», c’est
un défi titanesque qu’aura à relever Bola Tinubu, dont la victoire est douchée
par une faible participation des électeurs qui n’ont été que 25 millions à
voter sur les 85 millions d’inscrits. L’autre tâche noire de ce scrutin est
sans aucun doute, cette forte contestation de l’opposition qui en demande, avec
insistance, l’annulation. Il faut espérer que le Nigeria soit épargné, cette
fois-ci, par les démons de la violence sanglante et meurtrière qui n’ont jamais
cessé de rôder autour des urnes et du pays.
Tout porte à croire que la tâche
sera bien titanesque pour le «chasseur de talents» qui,, certes est un fin
connaisseur de la scène politique nigériane mais aura, en face, des adversaires
déterminés qui ne lésineront sur aucun moyen pour mettre en difficulté leur vis-à-vis!
Certainement que le vainqueur de cette élection pour laquelle la Commission
électorale nationale (Inec) aura eu besoin de pas moins de quatre jours pour
publier des chiffres rejetés par les perdants, a su se fabriquer une cuirasse
forte contre les flèches qui le prennent pour cible depuis lors. Mais continuer
à faire rêver une jeunesse qui a pour modèles de brillants riches entrepreneurs
comme Aliko Dangote et Tony Elumelu, ne sera pas pour le nouveau patron du
Nigeria, le plus facile des challenges qu’il aura eu en face de lui, dans sa
vie trépidante de politicien et
d’opérateur économique au nez creux.
En tout cas, après avoir chanté et dansé pour fêter sa victoire que certains bookmakers n’avaient pas vu venir, c’est maintenant que le plus dur commence pour Bola Tinubu qui n’aura aucun temps de grâce, à la tête d’un Nigeria harcelé par les crises économiques sévères et les attaques meurtrières et rapts au quotidien de la nébuleuse Boko Haram. Ce qui est certain, à la suite du président sortant, Muhammadu Buhari, sans doute soulagé de passer le témoin à une main connue, des chefs de l’Etat de la sous-région n’ont pas attendu bien longtemps pour adresser leurs vives félicitations à leur nouvel homologue. Comme pour envoyer un message aux opposants du nouveau capitaine de la barque Nigeria qui a récolté, selon les chiffres officiels 8,8 millions de voix, soit 35% des suffrages.
WS