«Nous constatons que ces
massacres et ces abus sont conduits de façon presque systématique. (…) On a vu
des corps décapités, des exécutions extrajudiciaires, on a des informations sur
des viols et des violences sexuelles, des informations sur des disparitions
forcées. Ça peut être qualifié de crimes de guerre, voire de crimes contre
l’humanité dans certains cas.» Loin d’être de la fiction, ces «exécutions
horribles» et autres scènes d’un barbarisme hors du commun, sont le fruit
d’investigations menées avec méthode par des experts engagés par l’ONU mais non
rémunérés par l’institution.
Et le théâtre de ces actes
inhumains hors du commun mis à nu par des enquêteurs bénévoles, donc
indépendants a priori, n’est autre que le Mali. Ce qui est certain, les experts
mandatés par le Groupe de travail sur l’utilisation de mercenaires, appendice
de l’ONU, ne font que confirmer des dénonciations déjà faites par plusieurs
ONGs dont la crédibilité et l’expérience dans le domaine ne souffrent du
moindre doute.
Ainsi, les éléments des Forces
armées maliennes (FAMa) et les supplétifs militaires du groupe russe Wagner,
que les experts ont désignés sans ambages, pourraient être les auteurs de ces
actes atroces et fortement répréhensibles qui renforcent la logique d’isolement
du Mali par la junte militaire au pouvoir. L’intention semble donc manifeste,
si les constatations et recoupements des faits grâce à des témoignages de
victimes s’avèrent, que les dirigeants de la transition ont éloigné
consciemment tout témoin gênant, afin d’exécuter la sale besogne. Et en toute
impunité.
Le musellement réel de la presse,
nationale et internationale, qui pourrait révéler la prédation des droits de
l’homme et les horreurs qui ont cours, tout comme le harcèlement par
l’instauration d’un régime de fer, sans oublier la propagande «no limit» sur la
«montée en puissance» des FAMa sous la houlette de fameux «instructeurs
russes», constituent, à n’en plus douter, le «modus operandi» orchestré par les
putschistes de Bamako. Ces militaires qui ne poursuivant visiblement que le
dessein de garder pour encore longtemps, un pouvoir qu’ils rendront… aux civils
qu’ils seront devenus, en troquant le treillis, le béret et les rangers contre
le boubou, le bonnet et les babouches.
En tout cas, ces «possibles
crimes» attribués par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à
l’armée malienne et au «groupe Wagner» doivent être creusés davantage par une
enquête libre afin que les nombreuses familles endeuillées puissent faire,
enfin, le deuil des leurs et que les milliers de victimes voient leurs
bourreaux punis de la peine exemplaire, à la hauteur de leurs ignobles
forfaits.
Question: cette enquête
pourra-t-elle voir le jour tant que le pouvoir kaki continuera, au nom d’une
souveraineté éculée dans laquelle ne se reconnaissent que ses affidés transis,
fera la pluie et le beau temps, kalachnikovs sur la tempe des Maliens pourtant
légendairement pacifistes et qui n’aspirent qu’au développement du Mali, en
intelligence avec des voisins auxquels il est lié par la géographie et
l’histoire? Rien n’est moins sûr, sauf quand, une fois de plus, les Maliens
épris de paix et de justice reprendront leur destin en main au nom d’une
souveraineté, cette fois-ci vraie et véritable, comme au temps du «Mali ba»* de
Soundjata Kéïta, la fierté historique de l’Afrique.