Comment mettre en place le Centre gabonais des élections (CGE), la cheville ouvrière de l’organisation des votes, alors que les opposants qui doivent y siéger ne sont pas en mesure de s’entendre sur les noms de leurs représentants? Rien que ça, l’opposition n’arrive à le faire, au point de contraindre le pouvoir, à travers le ministre en charge de l’Intérieur, à choisir pour elle. Bien évidemment le pouvoir ne se fera pas hara-kiri en choisissant des opposants, vrais et véritables. Dans cette logique, les «heureux élus», seront, sans aucun doute des opposants programmés pour servir le pouvoir. Redevables à souhait au pouvoir, ils assumeront la pérennité de cette démocratie de façade qui caractérise le sommet du Gabon et constitue la marque déposée de presque tous les dirigeants africains qui ont fait des fraudes électorales et de la mal gouvernance leurs sports favoris.
Le mal est si affligeant à
Libreville que les trois opposants qui se sont mis en retrait pour protester
contre l’installation des commissions ayant pour attributions d’examiner les
candidatures et procéder au vote du président du CGE, sont restés à quai. Le
train est parti sans eux, preuve de la volonté manifeste du pouvoir d’aller à
ces élections en roue libre. L’opposition aura toujours le dos assez large pour
porter l’accusation classique de ne pas être assez responsable pour se gérer, a
fortiori porter le pouvoir d’Etat. Subtilement mais fermement, les opposants
gabonais sont en train d’être écartés de la course au fauteuil présidentiel
que son actuel proprio, Ali Bongo Ondimba, disant jouir d’une forme olympique,
est prêt à reconquérir, malgré les séquelles bien visibles d’un AVC qui a
failli le terrasser.
Comme à l’accoutumée et à
l’instar de presque toutes les oppositions sous les tropiques, celle du Gabon
peine à se réunir autour du minimum. Impossible donc pour elle, en tout cas
pour l’heure, de s’unir derrière un seul candidat. Ce faisant, elle fabrique
des militants déboussolés, voire désabusés qui, au mieux activent le mode
boycott des élections, et au pire des cas balancent carrément dans le camp d’en
face. Parfois, ce sont des leaders de cette même opposition, qui, après avoir
chauffé leurs partisans à blanc, les lâchent sans crier gare, souvent contre
espèces sonnantes et trébuchantes où cédant aux promesses de strapontins.
L’opposition gabonaise n’échappe pas à cette maladie endémique qui frappe
toutes ses soeurs africaines, notamment à la veille des élections.
Ne s’accordant que sur leurs
désaccords, les opposant ouvrent ainsi un immense boulevard au pouvoir qui n’en
demandait pas tant, largement déjà favori, selon la règle non écrite mais
incontournable selon laquelle «on n’organise pas les élections pour les
perdre». De plus, les finances de l’Etat et tous les autres moyens, dont le
parc automobile public, sont abondamment et impunément exploités par les
régimes sortants et toujours entrants au finish.
Et pour assommer l’opposition,
les pouvoirs oeuvrent presqu’ouvertement à créer et attiser la bagarre entre
opposants, les divisant et les opposant les uns contre les autres, dans un
combat où tous les coups sont permis. Ainsi va la démocratie au Gabon et en
Afrique où le pouvoir triomphe toujours, même au plus bas de la côte de
popularité de son champion. C’est ainsi que de père en fils, les Bongo règnent
sans partage sur un Gabon où des opposants comme Jean Ping, pour ne citer que
lui, n’ont jamais pu s’imposer dans ces joutes électorales qui, de plus en plus
ne passionnent plus grand monde.
Les populations désabusées, et
surtout davantage préoccupées par la quête du pain quotidien qui, chaque jour
se raréfie, affichent clairement leur désamour pour la politique et ses
acteurs. Mais le prince n’en fait pas un drame, ce qui importe pour lui étant
la reconquête ad vitam aeternam de son fauteuil, quitte à s’exposer un de ces
quatre matins à la furie du peuple ou l’arbitrage de militaires qui préfèrent
maintenant les affaires juteuses à l’enfer du front.
A moins d’un tsunami, la victoire
semble encore garantie pour le pouvoir. Plus probablement avec la continuation
du règne de Ali Bongo Ondimba!