Procès du 28 septembre 2009 : la synthèse de l’audience de la semaine du 21 au 23 novembre

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  • 25 novembre 2022 08:48

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Les trois jours d’audience de cette semaine ont commencé par la comparution du margis chef Mamadou Aliou Keita. Ce gendarme est poursuivi pour viol. Il n’a pas reconnu les faits à la barre du tribunal criminel de Dixinn délocalisé à la Cour d’appel de Conakry.

Cependant, il avoue avoir participé au maintien d'ordre dans la journée du 28 septembre 2009. L'escadron numéro 1, l'équipe à laquelle il appartenait dit-il, n'a pas pu accéder à l'enceinte du stade à cause de l'opposition des manifestants. Selon lui, il est arrivé avec ses collègues à 10h, ils sont restés dans leurs pick-up à la station totale en face du stade durant au moins 30 minutes, avant de rebrousser chemin. Il a expliqué qu’il était en compagnie du commandant de peloton du nom de Sana Samoura et du commandant d'escadron, le colonel Tall. La dame Aïssatou Barry qui l'accuse de l'avoir violée au stade, est la tante de sa maîtresse, a déclaré le margis chef. Ses ennuis judiciaires ont commencé après 2012, quand il a épousé une autre fille, après avoir largué sa maîtresse du nom de Mariama Diallo dit Mina, avec laquelle il a vécu durant plusieurs années, a expliqué l'accusé.

Excepté un fusil Lance Grenadier, son équipe n’était pas munie d’armes, a ajouté l’accusé.

Mamadou Aliou Keita a précisé que lui et ses collègues étaient à bord de trois pick-up. Les pick-up étaient remplis d’hommes, mais l’accusé n’a pas pu déterminer le nombre d’agents à bord. L'équipe n'avait aucune arme sur elle, excepté un seul Fusil Lance Grenadier, une arme conventionnelle qui s’est même plantée, dit-il, après avoir lancé un premier coup de gaz. Il jure n'avoir jamais violé. Non plus, il n'a vu aucune femme violée, ni de blessés. En dehors de la police et de la gendarmerie dont le service antidrogue dirigé à l'époque par Moussa Tiegboro Camara, le gendarme informe qu'il n'a vu aucune autre unité au stade.

A la suite du Margis chef Mamadou Aliou Keita, c’est le colonel Claude Pivi qui a comparu, mais lui aussi n’a pas reconnu les faits qui lui sont reprochés.

Claude Pivi est poursuivi notamment pour des faits d’enlèvement, de séquestration et de pillage. Quand il a été appelé à la barre, il est sorti du box des accusés en boitant. Alors, le juge lui demande s’il souhaite rester assis ou débout. Il opte pour la première proposition et l’exercice commence par un exposé préliminaire. Après avoir remercié les autorités actuelles pour avoir accéléré le dossier, il est allé droit au but.  Puisqu’il connaissait les faits qui lui sont reprochés, il n’a pas tardé à les rejeter en bloc.  Selon lui, dans la journée du 28 septembre 2009, il était aux trousses des militaires qui s'étaient emparé des pickups à la présidence. Cette course l'avait amené jusqu'à Friguiadi dans la préfecture de Coyah, a-t-il expliqué. La mission n'ayant pas abouti, il est retourné à Conakry avec son équipe. Claude Pivi dit être venu jusqu’à Bambéto où il a tourné pour aller au camp Alpha Yaya Diallo. C’est là qu’il dit avoir été informé des troubles survenus au stade. Arrivé au camp, a poursuivi grand Co comme l’appelle Toumba Diakité, il a rendu compte de sa mission au président de la transition. Il apprend ensuite que certains militaires comme le commandant Toumba Diakité, le capitaine Marcel Guilavogui et l'équipe de Moussa Tiegboro Camara sont intervenus au stade. Pour lui, Moussa Tiegboro était dans son rôle de maintien d’ordre. Mais, il n’a pas apprécié l’attitude des deux autres. Il dit avoir menacé de les faire arrêter. Intimidé, Toumba Diakité se serait mis à pleurer. L’accusé dit en avoir finalement été dissuadé par le chef de la junte, Moussa Dadis Camara, sous prétexte qu’une commission d’enquête internationale sera commise à la tâche, a relaté Claude Pivi alias Coplan.

Claude Pivi a été aussi interrogé sur le cas des recrues de Kalia dont on parle souvent.

Oui, il a été titillé sur le sujet, mais n’a pas donné assez de détails.  Selon Claude Pivi, il a appris le recrutement des jeunes qui étaient à Kaliya, mais à travers des rumeurs. Il n'y a pas été associé et n’en était pas informé non plus, se défend l’officier. Il a expliqué n’avoir connu le camp de Kalia, qu'après le départ de Dadis du pouvoir. Notamment, quand ces recrues ont manifesté pour réclamer leurs matricules. La mission d'aller maîtriser les jeunes au risque de bombarder le centre de Kalia, lui a été demandée par le général Sékouba Konaté, a-t-il confié.

Toujours au cours de son interrogatoire sur le fond, Claude Pivi a dit ce qu’il sait de la mort de Sankara et de Beugré, au lendemain de la tentative d’assassinat de Moussa Dadis Camara.

Alors, Sankara était l’un des chauffeurs de Dadis. Mohamed 2 Camara dit Beugré était le commandant du camp Koundara devenu camp Makambo. Les circonstances de leur mort, après la tentative d’assassinat du chef de la junte CNDD, s’invitent très souvent dans les débats. Comme d’autres militaires, Coplan est aussi accusé par certains d’être de ceux qui ont exécuté ces deux militaires. Le colonel Claude Pivi dément cette allégation. Par rapport à la mort de Sankara, Coplan dit avoir appris que c’est un militaire qui l’a poignardé. Il s’est fâché selon lui, parce que c’est lui qui l’a confié au président comme chauffeur. Pour ce qui est du commandant Beugré, Pivi a expliqué que cet officier s’est cogné la tête jusqu’à se donner la mort après son arrestation. A la question de savoir s’il a participé à son arrestation à la frontière guinéo-sierra léonaise, il a répondu par la négative.

Arrivée de Dadis au pouvoir en 2008 : Coplan dément Toumba et donne sa version des faits

A la barre du Tribunal criminel, Toumba s’est présenté comme celui qui a donné le pouvoir à Dadis en 2008. L'ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara avait révélé qu'après le décès de Conté, le général Mamadouba Toto Camara avait pris le pouvoir. Ce dernier avait convoqué une réunion d'officiers dans son bureau quand lui, Toumba Diakité, a brisé la porte pour y entrer, pour peser en faveur de l’avènement de Dadis au pouvoir. Cette version a été démentie par Claude Pivi. L'ancien ministre de la sécurité présidentielle informe qu'il était à cette réunion avec le capitaine Moussa Dadis Camara, le général Sékouba Konaté, et le général Toto. « Si Toumba est venu là-bas, c'est après nous », a-t-il ajouté. Pour ce qui est de la rencontre pour la prise effective du pouvoir, l’accusé soutient qu’ils étaient quatre à en avoir décidé : Sékouba Konaté, Issa Camara, Moussa Dadis Camara et Claude Pivi. Selon lui, Issa Camara a voulu que Sékouba Konaté prenne le pouvoir. C’est alors que lui-même aurait tapé du poing sur la table avant pour défendre le choix de Dadis. « J’étais le chef du groupe qui a travaillé pour le pouvoir de Dadis », dira Pivi pendant qu’il présente Toumba comme simple commissionnaire.

Les trois jours d’audience se sont achevés avec une information relative aux menaces dont un membre du parquet et une victime feraient l’objet

Alors que l’interrogatoire de Claude Pivi devait se poursuivre mercredi, el hadj Sidiki Camara, un des substituts du procureur a informé le tribunal qu'un membre du parquet a été reçu des menaces mardi, pendant qu'il rentrait à la maison après l'audience. L'identité de ce membre du parquet n'a pas été dévoilée, celle de l’auteur de la menace non plus. Toutefois, Sidiki Camara a rappelé que le ministère public est le représentant de la société au procès. Dans l'exercice de cette mission, il ne compte nullement céder aux menaces, a assuré le magistrat. Par la même occasion, Me Hamidou Barry, un des avocats des parties civiles, a informé qu'une des victimes est aussi menacée depuis près d’une semaine. Une plainte est déjà déposée dans un commissariat de Conakry à cet effet, a-t-il annoncé. Interpellé par ces deux alertes, le président du tribunal a rappelé que ce procès n'est dirigé contre personne. Ibrahima Sory 2 Tounkara a aussi ajouté que son tribunal n'acceptera pas des propos à relent ethnique ou régionaliste. L’interrogatoire de Coplan n’est pas terminé.

Sékou Diatéya Camara

 

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