Jeudi noir au Tchad. Ce n’est ni le scénario d’une fiction à succès du
prestigieux réalisateur tchadien Mahamat Saleh Haroun, ni le titre d’une des
palpitantes aventures de SAS, Son Altesse Sérénissime Malko Linge. C’est
malheureusement la réalité des affrontements meurtriers entre les Forces de
l’ordre tchadiennes et les manifestants de l’opposition vent debout contre le
maintien au pouvoir du président de la transition, le général Mahamat Déby, qui
a pris les rênes du pays suite à la mort de son père, le maréchal Idriss Déby
Itno, tué au front, selon la version officielle, le 20 avril 2021.
Le bilan de cette journée de
drame, dressé par le gouvernement, fait état d’une cinquantaine de morts et de
300 blessés. Narcisse Oredje, jeune et brillant journaliste a ainsi vu sa
carrière écourtée prématurément par une balle lors de cette folle journée de
violence qui a mis en transe et en deuil, Ndjamena, Moundu, Doba et Koumra.
Désormais, ces quatre villes sont sous couvre-feu de 18 heures à 6 heures du
matin, jusqu’au «rétablissement total de l’ordre», alors que sont suspendues,
les activités de grands groupes de l’opposition.
S’il est dit qu’il n’y a pas de
fumée sans feu, ce feu couvait depuis la prise de pouvoir par les généraux, sur
le cadavre à peine refroidi du maréchal Déby, le président guerrier. Adoubé par
une communauté internationale rassemblée dans la capitale tchadienne à
l’occasion des obsèques de son père, le fils Déby était, par contre, loin de
bénéficier de l’onction de ses concitoyens qui pensaient que la mort du
maréchal, brisait ainsi les chaînes du pouvoir de fer qui les liaient. Prenant
leur mal en patience, les Tchadiens espéraient qu’à l’issue de la période de
transition de 18 mois, les Déby, pardon les militaires, rendraient le pouvoir
aux civils.
Mais le Dialogue national
inclusif souverain (DNIS) est passé par là. Non seulement ces assises
populaires censées conduire à la réforme des institutions et la mise en place
d’une nouvelle constitution, le tout bouclé par des élections libres et démocratiques,
ont été boycottées, entre autres, par certains mouvements rebelles d’envergure
et la principale coalition de l’opposition, Wakit Tama, mais elles ont prolongé
le règne des Déby, faisant de Mahamat Idriss Déby Itno, le seul patron d’une
transition allongée. Cerise sur le gâteau, le général a le droit de prendre
part à la course à son propre fauteuil. Or en Afrique, la règle non écrite,
mais qui fait recette depuis des temps immémoriaux, est qu’on n’organise pas
les élections pour les perdre.
Voici donc du pain béni pour les
démons de la violence, des guerres civiles et des rébellions, qui n’ont jamais
cessé de rôder autour d’un Tchad coutumier des affrontements sanglants entre
manifestants et forces de l’ordre. En l’absence du succès du DNIS, Succès
Masra, le leader du parti d’opposition Les Transformateurs, lui, a lancé ses
troupes dans la rue, malgré l’interdiction, par le pouvoir, des manifestations.
Et ce qui devait arriver arriva donc ce jeudi, ouvrant la voie à toutes ces
incertitudes qui ont toujours fait du Tchad, une poudrière au bord de
l’explosion, la force, pour ne pas dire les armes, étant le seul argument
valable.
Questions: le Tchad est-il
condamné à vivre dans la division de ses fils par le pouvoir? Pourquoi le
Dialogue national inclusif souverain n’a-t-il pas pu désarmer les cœurs? Le
compromis politique est-il encore possible pour rassembler tous les Tchadiens
autour de l’essentiel, c’est-à-dire le développement dans la cohésion nationale
et la bonne gouvernance?
En tout cas, il y a un temps pour
faire la guerre et un temps pour faire la paix. Et ça, tous les Tchadiens, de
l’opposition, du pouvoir et de la société civile, doivent en prendre conscience
pour retourner sous l’arbre à palabre!
WS