L’Union Européenne a décidé finalement de
changer de pied dans son approche des interminables crises guinéennes. Si
jusque-là elle se cantonnait juste à faire des recommandations aux parties
prenantes à ces convulsions, l’Union européenne entend dorénavant revêtir une
main de fer dans un gant de velours.
Le signal d’alarme lancé récemment par une
trentaine d’eurodéputés, demandant une réponse forte à l’encontre du régime de
Conakry, pour les dérives constatées en matière de droits humains, commence à
porter ses fruits. Si l’on s’en tient en cout cas à la réaction de
Josep Borrel Fontelles, Haut représentant et vice-président de la Commission
européenne à la requête de ces députés européens.
Celui-ci a, en effet réagi de but en
blanc, en se montrant solidaire à la démarche. Josep Borrel a saisi cette
opportunité pour réitérer les préoccupations de l'Union européenne sur la
situation des droits de l’homme en Guinée.
Rappelant au passage le contenu de la
déclaration du 20 mars 2020, dans laquelle l'UE avait mis en garde contre
« le contexte de polarisation extrême entourant le double scrutin du 22
mars 2020 », qui n’était pas du tout favorable à
« l'organisation d'un scrutin sérieux et pacifique, dont le résultat
pourrait être accepté par tous ». Le Haut représentant et
vice-président de la Commission européenne a dans la même foulée les tares
congénitales dont souffre notre assemblée nationale, découlant d’un scrutin non
inclusif et non consensuel. Idem pour la présidentielle du 18 octobre
2020, qui ne fut également qu’un piège-à-cons. Dans ce réquisitoire au vitriol,
Josep déplore que toutes ces élections se soient soldées par des violences
inouïes, avec à la clé des victimes. Sans occulter le fait que son institution
attend toujours que des enquêtes sérieuses et impartiales soient menées, afin
de dénicher les auteurs de ces crimes.
Mais en attendant d’avoir une réponse
concrète de la part du pouvoir de Conakry, Borrel n’a pas manqué de rappeler
que la tenue du procès des auteurs du massacre du 28 septembre 2009,
tenait l'UE à cœur. A preuve, cinq personnes impliquées dans ce massacre,
qualifié de « crime contre l'humanité, font l'objet d'un régime de
sanctions individuelles de l'UE (interdiction de voyager sur le territoire des
États membres de l'UE et gel des avoirs qui y sont détenus). Et que le
renouvellement de ce régime de sanctions sera examiné en septembre 2021 ».
Pour finir, le Haut représentant et vice-président de la Commission européenne
invite les parties prenantes à la crise postélectorale au dialogue.
Ce dialogue qui l’UE souhaite
inclusif pourrait être l’occasion pour examiner sous toutes ses coutures,
« les questions de gouvernance et de droits de l'homme en Guinée ».
Comme on le voit, l’UE vient de passer
Conakry sous ses fourches caudines, à travers cette lettre-réponse de son
Haut-représentant. De quoi mettre de l’eau au moulin de l’opposition.
Quant gouvernement guinéen, toujours
chatouilleux sur les questions relatives aux violations des droits humains, il
continue d’être sur la défensive, tout en faisant preuve de fermeté à
l’encontre des opposants et de ses pourfendeurs.
Mamadou Dian Baldé