A la suite des évènements du 5 septembre 2021, les nouvelles autorités avaient fait des grandes promesses aux Guinéens dont celle de la réconciliation de notre pays avec son histoire et de l’État avec ses citoyens. Ces promesses avaient suscité de nouvelles espérances chez les Guinéens et aussi chez les organisations de défense des droits de l’homme et les associations de victimes.
Dans son allocution à la nation,
le 31 décembre 2021, le Président de la transition avait promis la tenue des
Assises Nationales. Un décret a fixé leur démarrage pour le 22 mars prochain.
Que veulent-elles dire ? Quels sont leurs objectifs et leurs missions ? Où et
comment se tiendront-elles ? Et pendant combien de temps ? Avec quels acteurs ?
Tant de questions auxquelles le décret les instituant ne répond pas.
Si l’une des finalités des
Assises Nationales est la réconciliation nationale, nous tenons à rappeler que
les Guinéens la désirent. C’est l’une des conclusions phares du rapport de
consultations de la Commission Provisoire de Réflexion sur la Réconciliation
Nationale (CPRN) mise en place en 2011. Cette commission, qu’il vous plaise
qu’on le rappelle, était co-présidé par le premier Imam de la mosquée Fayçal,
El Hadj Mamadou Saliou Camara et l'Archevêque de la ville de Conakry,
Monseigneur Vincent Koulibaly. A travers les consultations tenues sur tout le
territoire national et auprès des Guinéens de l’étranger, la CPRN avait
recueilli les opinions, souhaits et avis de 4 898 personnes, elle avait tenu 56
rencontres communautaires, 732 interviews individuelles et 104 focus groupes.
Elle avait recueilli les avis, les opinions et souhaits des personnes
ressources dont les historiens, les sociologues, les juristes, les religieux. Elle
avait aussi poursuivi une démarche inclusive en ce sens qu’elle avait intégré
dès le début de ses activités les aspirations des associations de victimes,
celles des organisations de défense des droits de l’homme. Aussi, elles avaient
créé des cadres d’appropriation de ses travaux et des ateliers de leur
validation. Reposant sur les piliers de la justice transitionnelle, le rapport
de la CPRN a proposé une méthode de réconciliation nationale largement
approuvée par les différentes parties prenantes ; il a permis d’esquisser un
canevas de réconciliation qu’il ne faudrait pas ignorer. Tout n’est pas à
refaire. Les acquis sont à consolider.
Le rapport de la CPRN a abouti à
la conclusion qui est : « Les Guinéens veulent d’une réconciliation nationale à
travers la mise en place d’une commission Vérité- Justice-Réconciliation par la
voie législative ». Nous associations de victimes, nous organisations de
défense des droits de l’homme, nous citoyens ici présents, avons souscrit à
cette conclusion du rapport de la CPRN et nous réitérons notre ferme volonté à
la défendre. Nous déclarons qu’une véritable réconciliation ne sera obtenue
qu’à la suite des manifestations de la vérité, de la justice, des réparations
et du pardon. C’est la démarche suivie dans le rapport du CPRN remis au
Président de la République le 26 juin 2016.
Etant donné le manque de clarté
du concept des Assises Nationales, l’imprécision de ses termes de référence par
ceux qui les instituent, nous exprimons nos craintes légitimes quant à la réussite
d’une réconciliation vraie et sincère à travers les Assises Nationales telle
que recommandée par ses initiateurs. Ne désirant pas servir de cautions en nous
associant à des évènements aux objectifs indéfinis et imprécis, nous tenons à
exprimer des exigences que nous posons pour notre participation effective à ces
Assises. Ce sont :
La communication des termes de
référence des Assises Nationales : Objectifs, Missions, Acteurs, Activités et
les délais y afférents ;
L’engagement des autorités à mettre en place,
à la fin des Assises, la Commission de réconciliation dont la composition et le
mandat seront adoptés de façon consensuelle.
Nous affirmons que sans la prise
en compte par les nouvelles autorités de ces exigences et leurs satisfactions,
nous ne prendrons pas part aux Assises Nationales.
Ont signé :
1. Association des victimes de
Camp Boiro ( AVCB)
2. Association des victimes du 28
septembre 2009 ( AVIPA)
3. Organisation guinéenne de
défense des droits de l’Homme et du citoyen (OGDH)
4. CONAREG
5. COJEDEV
6. Le Réseau guinéen pour la
protection des consommateurs
7. Les Mêmes droits pour Tous (
MDT)
8. Avocats Sans frontière Guinée
( ASF)
9. M. Ibrahima SANOH, écrivain
10.Alliances Médias pour les
droits humains ( AMDH)
11.Coalition pour la Cour pénale
internationale Guinée
12.Association des Victimes de la
répression ( AVR)
Conakry, le 18 mars 2022