Au Burkina Faso, des organisations de médias professionnels ont répondu
ce 2 février 2023 au travers d’un communiqué aux propos tenus par le Premier
ministre devant le Conseil supérieur de la communication. Apollinaire Kyelem de
Tambela avait dressé un parallèle entre les médias de son pays et la radio
rwandaise des Mille collines, connue pour son rôle dans le génocide de 1994.
C’est l’inquiétude au sein des
organisations de médias professionnels du Burkina Faso. Elles ont publié ce 2
février 2023 un communiqué intitulé : « Non, les médias burkinabè ne sont pas
des radios Mille collines ».
Elles répondent ainsi aux propos
tenus par le Premier ministre, lors de sa rencontre la semaine passée avec le
Conseil supérieur de la communication (CSC). Lors de cet échange, Apollinaire
Kyelem de Tambela, a notamment demandé au CSC de se pencher davantage sur la
régulation des médias et notamment des débats sur les plateaux télévisés.
La référence à la radio
rwandaise, connue pour son rôle dans génocide de 1994, a provoqué la colère des
médias burkinabè, alors qu’ils constatent que la liberté de la presse est très
attaquée depuis plusieurs mois.
« De plus en plus de groupuscules
n’hésitent pas à menacer ouvertement des journalistes »
« Nous sommes loin d’être des
radios Mille collines, réagit Inoussa Ouedraogo, président de la Société des
éditeurs de la presse privée du Burkina Faso et du Centre national de presse
Norbert Zongo (CNP-NZ). Nous sommes professionnels. Et si, par ailleurs, il y a
parmi nous des journalistes ou des médias qui ne respectent pas les règles
éthiques et déontologiques, il fallait les interpeller et non pas jeter tout le
monde en pâture en indiquant qu’il faut nous recadrer ».
« Qu’est-ce qu’on met dans le
recadrage ? s’interroge-t-il au micro de Gaëlle Laleix. On ne sait pas. Surtout
que nous avons vu qu’il y avait des remises en cause de ces libertés-là. Vous
avez par exemple de plus en plus de groupuscules qui se réclament de tel ou tel
bord, qui n’hésitent pas à menacer ouvertement des journalistes, à appeler même
au meurtre de certains journalistes. On l’a vécu ».
Inoussa Ouedraogo conclut : « À
côté de cela, nous avons constaté depuis un temps que les activités publiques
du président ne sont pas couvertes par les médias. La presse présidentielle se
contente de mettre des comptes-rendus à disposition des médias pour qu’ils
soient juste des diffuseurs. Or, notre rôle, c’est de traiter ces informations
avant de les diffuser. Ces éléments étant remis en cause, nous pensons que
c’est un recul grave. C’est une atteinte au droit à l’information. »