Présidé par le premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, un cadre permanent de dialogue politique et social est mis en place par Alpha Condé, président de la République. Techniquement, il s’agit d’une plateforme d’échange qui doit organiser des plénières thématiques et produire un rapport pour une décrispation de l’atmosphère politique de la Guinée. Sauf qu’un mois après, le scepticisme gagne du terrain. Et pour cause…
Le décret est intervenu mercredi 27 janvier 2021, au moment où les condamnations de la communauté internationale, notamment la France et l’Union européenne, se succèdent pour dénoncer la détention hors procédures judiciaires des opposants. Les partenaires internationaux sollicitaient la décrispation du climat politique. A l’image du président français, Emmanuel Macron, qui dans sa lettre du 30 novembre à Alpha Condé, avait souligné la réconciliation nationale comme l’un des chantiers majeurs de ce troisième mandat.
A date, à la différence des cadres similaires organisés précédemment dans le pays, cette plateforme suscite manifestement peu d’enthousiasme au sein de la classe politique guinéenne. D’autant que même le cabinet du chef de file de l’opposition, Mamadou Sylla, qui fait du dialogue politique son cheval de bataille depuis la reconnaissance de son statut, émet des réserves quant à la composition de cette nouvelle structure. Reçue en audience au palais de la colombe, le 15 février dernier, la délégation de Mamadou Sylla, composée de Bah Oury et Dr Faya Milimono, a indiqué au Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, la faible représentativité de l’opposition au sein de ce cadre de dialogue. Qui prévoit deux représentants de l’opposition, deux personnalités de la majorité ainsi que de la société civile et du gouvernement.
Avec cette nomenclature, en effet, de nombreux observateurs de la scène politique Guinéenne tentent de croire que, dans ce jeu, les dés sont pipés d’avance, estimant que le gouvernement, le parlement et - dans une moindre mesure - la société civile dans sa configuration actuelle, sont tous de la mouvance présidentielle. Et, du coup, redoutant que les questions sérieuses - comme la composition de la Cour constitutionnelle, de l’Assemblée nationale ou de la Commission électorale - ne soient escamotées ou traitées en faveur du président Alpha Condé.
Quoi qu’il en soit l’Union des forces démocratique de Guinée, deuxième force politique du pays dit ne pas être concernée par un quelconque dialogue avec le pouvoir pour le moment. Tandis que le leader de l’Union des Forces républicaine, Sydia Touré trouve ce cadre inapproprié. La formation politique annonce qu’elle ne sent pas concernée par un quelconque dialogue avec le pouvoir pour le moment.
Jules Mory Condé