Planification familiale : une affaire de couple, réduite en affaire de femme

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  • 30 septembre 2021 15:52

  • Politique

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Les femmes guinéennes sont souvent délaissées par leur conjoint quand arrive l’heure de choisir un moyen de contraception.  Elles sont souvent obligées de se cacher pour utiliser un moyen de contraception en vue d’une meilleure vie tant sur le plan physique, psychologique que sur l’évolution de leur carrière. Du début jusqu’à la fin du processus, elles se retrouvent seules et sont obligées de le cacher pour toute la période que ça dure. Pourtant, elles sont loin d’être les seules concernées comme on le leur fait comprendre.  

Adama Hawa (nom d’emprunt) a débarqué tôt ce matin au centre médial communal de Ratoma, avec son bébé dans les bras. Elle vient de se faire poser un implant, pour cinq ans dans « le dos »de son mari. La jeune dame de 35 ans se dit consciente des risques qu’elle court si son  mari venait à le découvrir. Mais il faut qu’elle reprenne sa vie en main et qu’elle espace les naissances pour mieux éduquer ses trois enfants et profiter d’une sexualité épanouie.

« Je ne peux pas risquer de faire un autre enfant. J’ai besoin de me reposer pour un moment et récupérer sur le plan physique et moral. Si mon mari le sait, il pourrait me chasser mais il faut que je prenne le risque sinon je suis foutue, j’en suis bien consciente mais qu’est-ce que vous voulez ? Je n’ai pas le choix », lâche-t-elle.

Le cas de cette  dame de 35 ans est un exemple parmi tant d’autres. La plupart des femmes qui viennent pour une contraception arrive seule et surtout avec une volonté de se cacher de leurs époux. Comme si elles étaient les seules concernées. « La plupart des femmes qui viennent ne viennent jamais avec leur mari. Il y a beaucoup qui viennent et qui ne veulent pas que les maris soient au courant. Les maris n’acceptent pas que leurs femmes se planifient. C’est ainsi qu’elles viennent seules, sans leur mari. Elles me demandent comment elles peuvent faire pour ne pas que leur  mari soit au courant. Je vois en elle qu’elle a très peur ».

Pour mieux les aider, Esther Kolié, chargée de la planification familiale au centre médico-communal de Ratoma, leur recommande d’inventer une maladie le temps qu’elles portent le bandage « je leur dis ; arrivée à la maison, dis que tu n’es pas bien portante, comme ça il ne te touchera pas et il ne saura pas que tu as un bandage. C’est quand il te touche, il va savoir si tu es malade ou pas. Il faut faire semblant d’être malade pour les trois jours de pansement ».

Quel est le profil de ces femmes dans le besoin de se cacher ?

Il y a plusieurs types de femmes. On serait tenté de croire qu’elles sont analphabètes, mais non, il y en a qui sont instruites ; mais sous la pesanteur sociale, elles ne peuvent vivre leur féminité sans s’exposer aux jugements de la société. « Il y a beaucoup de femmes intellectuelles qui viennent à l’insu de leur conjoint. Elles ont un bon travail et donc elles ne peuvent se permettre un autre enfant sur une période bien déterminée. Donc elles se cachent et le font »

L’implant est le type de contraception le plus en vogue dans le pays. Il est discret et a moins d’effets secondaires « il n’y a pas d’oubli avec l’implant et moins de risque de se faire attraper. Quand tu places, tu es tranquille pour cinq ans ».

Pour ne pas se faire attraper, certaines mères sont capables de demander des choses inimaginables. « Une fois, une femme intellectuelle m’a demandé de raser une partie de ses cheveux et d’y mettre l’implant pour ne pas que son mari le voit du tout. Je lui ai dit que je n’ai jamais placé là-bas. Il faut faire ce que tu connais. Elle avait 7 enfants à 38 ans. Son dernier a quatre ans. Elle a fait deux ans au village chez ses beaux-parents, sinon elle serait tombée enceinte depuis longtemps. C’est compliqué avec certains ».

La mauvaise interprétation de l’islam ne joue pas en faveur des femmes.

Dans un pays composé  de 90 % de musulmans, beaucoup de personnes ramènent tout à la religion sans même avoir lu le coran. La moindre petite chose, on évoque l’islam parfois de façon erronée.  Ce prédicateur apporte des précisions : « ce qui est surtout interdit c’est dire que je prends des produits pour ne plus faire des enfants. La femme peut utiliser un moyen de contraception en se référant aux conseils d’un gynécologue. Ce qui pousse surtout les hommes à refuser cela c’est l’ignorance et la jalousie. Beaucoup pensent que si leurs femmes utilisent un moyen de contraception, elles vont s’adonner à la débauche. La religion ne l’interdit pas du tout. Il faut savoir se référer à un médecin ».

Les femmes sont unanimes que les méthodes de contraception leur sont d’un apport incommensurable. Elles gèrent en même temps foyer et carrière,  parfois ne pouvant bénéficier du soutien de leur conjoint qui  le plus souvent refuse d’entendre parler de planification. Pourtant, ils devraient participer et apporter une aide financière et psychologique pour l’épanouissement de leurs partenaires dans les bons et mauvais moments. Elles représentent plus de 50% de la population. Améliorer leurs conditions de vie serait améliorer les conditions de vie de toute une Nation. Pour atteindre les objectifs, la Guinée doit faire encore beaucoup d’efforts. En 2019, la Guinée était à 12% contre 30% au Burkina Faso. Cela permettrait de lutter contre la mortalité maternelle et infantile quand on sait que 550 décès sur 100 mille naissances vivantes.

Djamila Thiânguel Bah

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