En marge de la 36e session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Union
africaine (UA), s’est tenue la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement
de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) à
Addis-Abeba en Ethiopie. A l’occasion, les dirigeants de la sous-région
ouest-africaine ont non seulement décidé de maintenir les sanctions contre les
trois pays en transition à savoir le Burkina Faso, la Guinée et le Mali, mais
aussi ils ont imposé une interdiction de voyager aux membres du gouvernement et
autres hauts fonctionnaires des trois pays concernés. Pour un camouflet, c’en
est un pour ces trois pays dirigés par des militaires, qui, à travers leurs
chefs de diplomatie respectifs, plaidaient pour une levée des sanctions à eux
imposées. Plutôt qu’un allègement des sanctions, ils ont eu droit à un durcissement de ton de la part
des têtes couronnées de la CEDEAO qui espèrent ainsi décourager les coups
d’Etat, mais aussi maintenir la pression sur les putschistes. Elles n’ont peut-être
pas tort. Car, si les autorités burkinabè de la transition donnent l’impression
de vouloir respecter les engagements pris à travers l’organisation des
élections à bonne date, on ne peut pas en dire autant pour le Mali et la Guinée
où tout laisse croire que l’on s’achemine vers une prolongation de la
transition ; tant les autorités intérimaires jouent la montre. A cela s’ajoute
le projet de fédération Burkina-Mali-Guinée que les dirigeants de
l’organisation ouest-africaine voient d’un très mauvais œil, dans la mesure où
cela ressemble plus à un front anti-CEDEAO qu’à un simple outil d’intégration.
Le Burkina Faso, la Guinée et le Mali gagneraient à donner des gages de
bonne foi
On oublie volontiers le
verrouillage des espaces politiques par les autorités militaires des trois
pays, perçu comme une atteinte aux libertés individuelles et collectives qui
doivent caractériser l’Etat de droit. Tout cela peut avoir motivé les décisions
de la CEDEAO qui appelle cependant à accompagner la mise en œuvre des feuilles
de route de la transition tout en renforçant l’appui sécuritaire et humanitaire
aux pays touchés par les affres du terrorisme afin d’atténuer le calvaire des
populations. Cela dit, plutôt donc que
de vouloir faire dans la défiance, le Burkina Faso, la Guinée et le Mali
gagneraient, à travers des actions concrètes, à donner des gages de bonne foi
pour autant qu’ils souhaitent reprendre leurs places respectives au sein de la CEDEAO qui, à l’évidence, n’est pas non
plus exempte de tout reproche. Car, certains dirigeants de cet espace communautaire
sont loin d’être des exemples en matière de démocratie et de bonne gouvernance
si fait qu’ils semblent rétifs à toute idée d’alternance. C’est le cas, par
exemple, du président togolais, Faure Gnassingbé qui, en plus d’avoir érigé la
terreur en mode de gouvernance, refuse de s’imaginer une autre vie en dehors du
pouvoir. Certes, les élections sont régulièrement organisées au Togo, mais à
chaque fois, c’est un Gnassingbé qui gagne. Comment donc ne pas s’indigner de
voir de tels dirigeants qui se soucient de la démocratie comme d’une guigne,
s’ériger en donneurs de leçons au point de prendre des sanctions contre des
auteurs de changements anticonstitutionnels ?
Boundi OUOBA