Ceci est une opinion de Madina Tall, analyste politique et
géostratégique. Elle est également éditorialiste politique et présidente du
Mouvement « Nouvel Afrique – Nouvelle Génération ». Mme Tall dans cette tribune
s’interroge sur la démocratie en Afrique.
Commençons par une devinette :
certains m’appellent Junte, d’autres, Dictature, alors que je suis une
République, qui suis – je ?
La réponse à cette énigme pose
indéniablement la question du fonctionnement de la démocratie dans nos États.
Aujourd’hui, l’anti –
constitutionnalité semble être le cœur de la pratique démocratique dans
laquelle sans réserve ni compromission, l’inversion des principes
constitutionnels s’érige en légitimité.
Nos gouvernants se croient par
erreur au paradis, là où ils pensent hériter de nos pays et souhaitent les
transmettre à leurs descendants.
Or, la superposition des actes de
perversion démocratiques tels que l’instrumentalisation de la justice, les
arrestations arbitraires, les détournements de fonds à des fins personnelles ou
encore l’injustice sociale participe à la naissance d’une fronde sociale contre
les dérives actuelles.
Tall Madina
Par ailleurs, entre la
manipulation de la police et la politisation de l’armée, la répression se mêle
à la barbarie et la violence contre le peuple et son droit le plus légitime
d’exprimer son opinion et sa position.
Cette ambiance sociale électrique
est à l’image du caractère brutal et sans empathie du pouvoir dominant qui se
heurte de plus en plus à la résistance de la rue.
Une question alors se pose : un
État peut – il gouverner réellement contre le peuple, celui de la rue ?
Alors que la représentation
nationale affiche une majorité présidentielle et une opposition choisie pour la
circonstance, le Parlement est phagocyté.
Dès lors, le toit de la maison du
peuple n’est – il pas en train de brûler ?
Si le mutisme de la société
civile dans certains pays est flagrant, ailleurs, le militantisme devient
symbole d’une bataille collective pour la survie des populations dans le peu de
liberté et de justice qui leur reste.
L’histoire passée et récente nous
enseigne que le déclin des régimes commence par la brutalité politique, puis
l’asphyxie sociale pour enfin se terminer par la confrontation
politico-sociale.
Cette dernière étape signe
souvent le pari d’un non – retour à l’ordre et la stabilité, mais surtout la
construction d’une illégitimité grandissante autour des « démocratiquement élus
».
C’est donc là, la démocratie à la
49.3 dont nous avons hérité et que nous continuons de martyriser afin de
desservir le peuple.
Ahmadou Kourouma en 1998 dans son
livre « En attendant le vote des bêtes sauvages » disait : « l’Afrique est de
loin le continent le plus riche en pauvreté et en dictatures ».
Tall Madina