Les guides religieux sont de nouveau parvenus à convaincre les protagonistes de la crise guinéenne, à calmer le jeu. Une trêve obtenue à l’arrachée, à la veille d’une manifestation des forces vives, décidés d’aller à l’assaut de la citadelle de la junte. Alors qu’on était aux épées et aux couteaux. Au grand dam des faucons et autres boutefeus des deux bords, qui trépignent d’impatience d’en découdre.
« Il n’y a jamais deux sans trois », nous enseigne l’adage.
Eh bien ! Ce nouveau report de la manifestation des forces vives, initialement
prévue pour ce lundi, vient confirmer cet aphorisme vieux comme le monde.
Les forces vives ont dû faire un énième rétropédalage, alors
qu’elles étaient en train de mettre une dernière main aux préparatifs de leur
manifestation pacifique, pour contraindre la junte à lâcher du lest, dans la
gestion de la transition.
L’affaire Abdoul Sacko, avait servi d’adjuvant à cette
volonté de vouloir d’en découdre. C’est d’ailleurs ce qui aurait justifié en
partie l’absence des représentants des forces vives à la rencontre du jeudi,
avec le Premier ministre.
Rencontre qui était placée sous l’égide des leaders
religieux. In fine, ces poursuites à l’encontre de l’activiste de la société
s’étaient dégonflées comme une baudruche.
Un geste perçu comme une concession, émanant de l’exécutif,
dans cette partie de poker-menteur, qui est loin de nous avoir livré tous ses
secrets. Toujours est-il que c’est fort de cet argument relatif à l’arrêt des poursuites
contre M. Sacko, que les médiateurs auraient réussi à inhiber les envies de
manifester des forces vives.
En les exhortant à se faire violence, afin de donner une
nouvelle chance à la médiation. Car pour eux, le recours à la rue, avec tous
ses corollaires en termes de pertes en vies humaines et de dégâts matériels, ne
devrait se faire qu’en dernier ressort. Après avoir épuisé toutes les chances
de parvenir à un modus vivendi.
Il s’agit donc là d’une trêve bienvenue, à quelques jours de
la fin du carême chrétien, et à la veille du mois de jeûne musulman, qui
pourrait être mise à profit pour rabibocher les parties antagonistes. La
ferveur religieuse aidant.
Car ce que réclame les forces vives, n’est pas de décrocher
la lune. Elles demandent simplement la libération de ceux qu’elles considèrent
comme étant des « otages du CNRD, et en sus, un dialogue fécond, afin que la
Guinée soit un pays démocratique et vertueux », fin de citation.
De son côté, la junte aussi a certainement ses
revendications, telle que l’observance d’une trêve, tout le long de la durée de
la transition. Afin de permettre au gouvernement du colonel Mamadi Doumbouya de
réussir son programme de refondation de l’État guinéen.
On le voit, les deux camps se tiennent par la barbichette.
Chacun y allant de ses atouts, sur fond de surenchères dignes d’une guerre
d’usure.
Mamadou Dian Baldé